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DCF III-1, Doc. 238

31 out. 1917EspinhocartaIsabel Brandão de Melo

Carta de Isabel Brandão de Melo1 ao Pe. Gélase2, sobre o dia 13 de Outubro de 1917, na Cova da Iria.

A – Desaparecido.
B – ASF - AGal, nº 11.
C – Arquivo do Padre Luís Gonzaga da Fonseca.

Dispomos de duas cópias fiéis deste documento, cujo original não sabemos onde se encontra hoje. A autora manda esta carta ao Pe. Gélase. O Pe. João José Cruz, C. S. Sp. que adoptou o pseudónimo de “J. Castelbranco”, tomou conhecimento da existência deste documento e pede-o ao Pe. Gélase que o envia em 28 de Agosto de 1941. O Pe. J. Castelbranco agradece com carta de 2 de Setembro. Este padre achando a carta interessante, envia-a a D. José Alves Correia da Silva, Bispo de Leiria, no dia 11 de Setembro de 1941.

A segunda cópia, que pertence ao Arquivo Fonseca e se conserva em Braga, foi enviada também pelo Pe. J. Castelbranco e está igualmente autenticada. O Pe. Fonseca, no seu opúsculo Fátima e a Crítica, separata da revista “Brotéria”, Lisboa, 1951, p. 15, nota 1, mudou a data de 31 para 13 de Outubro.

Editamos a versão B.

Lettre d’un témoin oculaire des événements du 13 Oct. 1917 à Fatima.

Au Réverend Père Gélase, Capucin À SION
(Valais) Suisse.

Espinho, le 31 Octobre 1917
Mon Réverend Père,

Comment vous remercier pour vos deux bonnes lettres?

Je vois avec tant de reconnaissance que vous avez la bonté de continuer à vous interesser un peu à ma famille et à moi-meme; je vous en prie veuillez toujours prier pour nous et surtout pour mon cher mari dont le départ pour la France approche si rapidement. Le 10 Nov. sera terminé son congé et ensuite il peut s’attendre à partir d’un moment à l’autre. C’est alors qu’il aura encore plus besoin de vos bonnes prières et j’y compte, mon Père. Je sais que je puis y compter, n’est ce pas?

En ce moment nous ne sommes pas à Lisbonne, nous sommes depuis une semaine à Espinho, une plage du Nord du Pays, pas très loin de Porto. Mes beaux parents y ont une villa et nous y resterons avec eux jusqu’au 6 ou 7 Nov. Ensuite nous retournerons à Lisbonne et José doit partir à Paris rejoindre Mr. le Directeur de la “Villa St Jean”,3 qui m’a fait dire qu’il se chargeait bien volontiers d’aller avec José de Paris à Fribourg, lui-même devant se trouver à Paris du 10 au 20 Nov. De Lisbonne à Paris il n’est pas très difficile de trouver quelqu’un à qui confier José; le plus difficile était d’avoir quelqu’un de Paris en Suisse. Il m’en coute terriblement de me séparer de mon enfant mais je reconnais qu’il lui faut rentrer au collège; ses vacances ont déjà duré bien trop longtemps. Quand il sera à Fribourg sa tante et Gertrude iront certainement à l’hotel de Rome comme l’année dernière; il pourra aller les voir presque chaque jour et moi je serai rassurée, sachant qu’il a ces deux personnes si devouées près de lui.

Ma fille et moi resterons probablement à Lisbonne pendant l’hiver, et puis... je ne sais; je ne puis pas faire de projetc4, l’avenir est si incertain! Je sais bien qu’il est toujours incertain mais en ce moment plus que jamais. Si seulement cette horrible guerre prenait fin! Alors Antonio viendrait vite nous rejoindre et je pense qu’en ce cas j’irai avec lui en Afrique. Pensez vous mon Père, que la guerre va encore durer longtemps?

Je voudrais vous raconter un fait extraordinaire qui s'est passé à Fatima, un tout petit village portugais des provinces du centre, mais je ne sais pas si j'en aurais le temps aujourd'hui. J'écris cette lettre pendant quelque temps que je suis toute seule à la maison; Antonio et José sont partis de grand matin à la chasse aux canards sauvages. Mon fils ne sait pas encore tres bien tirer, mais il parait qu'il montre de grandes dispositions. Qant à son père, je crois vous avoir déjà raconté qu'il est grand chasseur et tireur de premier ordre. Eugenia et son grands père sont allés faire une promenade ensemble; ma belle-mère est allée faire quelques visites; et moi, étant aujourd'hui un peu fatiguée, je suis restée à la maison et ai profité pour vous écrire.

Mais voyons si je puis vous raconter les faits merveilleux dont on parle extraordinairement. Je voudrais bien savoir ce que vous pouvez en penser. Des mon arrivée à Lisbonne on m'a parlé de l'apparition merveilleuse de la Ste Vierge à 3 petits bergers, deux petites filles de 10 et 7 ans et un petit garçon à peu près du même âge. Ces enfants racontaient qu'un jour qu'ils gardaient leurs brebis dans la montagne, ils avaient entendu comme un coup de tonnerre et craignant l'orage ils avaient commencé à rassembler le troupeau pour rentrer. Alors ils avaient vu une "Dame" d'une grande beauté qui leur av[a]it dit: "Ne craignez rien, je suis du ciel, venez à ce même endroit le 13 de chaque mois (on était alors au 13 mai) je vous apparaitrai et dans 6 mois, le 13 Oct., je ferai voir un signe pour que tout le monde croie en moi".

Ces enfants allèrent raconter ce qu'ils avaient vu, et le mois suivant ils allèrent au même endroit, acompagnés déjà de beaucoup de monde, et à l'heure de midi ils sont comme transfigurés, on les voit s'adresser à quelqu'un que personne ne voit, on les voit remuer les lèvres mais on n'entend pas ce qu'ils disent. Seulement tout le monde sent qu'on doit s'agenouiller et prier. Les enfants après quelques minutes se relèvent, disent que la Ste Vierge est partie et qu'elle a dit qu'il faut beaucoup prier et faire pénitence. L'autre mois, la meme scène se répète, seulement chaque fois il y a plus de monde. Enfin le mois de Sept.6 l'autorité du pays ne laisse pas les enfants aller à l'endroit du miracle, comme tout le monde l'appele. Les enfants sont gardés par le maire qui leur fait mille questions pour les obliger à se tromper dans leurs réponses, ils sont menacés d'aller en prison, enfin on les tourmente de toutes manières, mais les pauvres petits disent toujours la meme chose: "Nous voyons une "Dame", elle nous dit de prier et de dire à tout le monde de faire pénitence, et que le 13 Oct. tout le monde croira." Malgré l'absence des enfants beaucoup de monde se rend au lieu accoutumé de l'apparition, personne ne voit rien, mais on y sent à midi comme une présence surnaturelle qui oblige à prier.

Enfin comme le 13 oct. approchait et que j'avais un grand désir, un immense désir, d'aller à Fatima, l'endroit du miracle, nous avons arrangé, ma soeur, des cousines et des amies, à aller toutes ensemble. Il n'y a point de chemin de fer jusqu'au village, et du village même jusqu'à l'endroit de l'apparition c'est encore assez loin. Nous avons donc loué une grande automobile et sommes parties bravement de Lisbonne à 2 heure du matin, pour etre á l'endroit indiqué à midi. Nous avons voyagé toute la nuit, et á 10 heure[s] nous étions à l'endroit de l'apparition. Il y avait déjà une foule énorme qui attendait; on a calculé qu'il se trouvait là plus de 50.000 personnes. Pendant toute la nuit et la matinée nous avions rencontré des centaines de voitures, des gens à pied, à cheval, à âne, enfin tous les vehicules possibles; et je vous assure qu'il y en avait de véritablement préhistoriques. Cela fesait un peu rire, mais c'etait touchant en même temps de voir tant de personnes se diriger au meme endroit pour assister à l'apparition de la Vierge. Moi je disais que c'etait déjà là un vrai miracle: à la voix de ces pauvres enfants tant de milliers de personnes laissaient leurs maisons, leurs affaires, pour accourir, prier et chanter des cantiques. Il pleuvait à verse, une pluie comme il n'y a pas souvent chez nous au mois d'octobre où il fait encore si beau; et pourtant pas une personne ne se plaignait; on était là sous la pluie à attendre! on entendait comme le bruit de la mer et c'etait tous ces gens qui priaient à haute voix et chantaient des cantiques.

Enfin à midi on entend un grand murmur et des acclamations. C'étaient les enfants qui arrivaient, accompagnés par le docteur de l'endroit qui les a pris sous sa protection. Le Curé et les autres prêtres des paroisses voisines n'y sont pas. L'Évêque a défendu que l'autorité ecclésiastique se mêle de rien, par crainte que le gouvernement, qui est toujours prompt à persécuter la religion, ne dise que ce sont des menées des prêtres. Pas un journal catholique n'a parlé des apparitions; ce sont les journaux républicains et anti-religieux qui ont fait grand bruit sur ces faits et ont envoyé leurs reporters sur les lieux. Je vous envoie une "Illustration portugaise" avec des photographies des principales scènes qui sensont déroulées. Cette "Illustration" est tout ce qu'il y a de moins religieux, et pourtant l'article sur les apparitions est très bien a écrit et sans l'ombre de moquerie. Le rédacteur raconte ce qu'il a vu, et à la fin il dit: "maintenant que la science et l'Église découvre ce que le phenomène que j'ai vu a de véritable."

Mais j'en était à raconter quand les enfants sont arrivés à l'endroit où la Ste Vierge leur apparait. Cet endroit est marqué par un autel rustique surmonté d'une croix et ayant deux lampes allumées; c'est pres d'un olivier, ou plutot c'etait un olivier, mais il n'en reste plus qu'un tronc presque à ras du sol, les gens par dévotion ont arraché les feuilles, les branches, tout.

Mon Père, il est midi précis et la pluie qui tombait par torrents cesse tout d'un coup, les enfants sont agenouillés près de la croix et prient, leur petit visages transfigurés et couverts de larmes. Alors tout d'un coup voilà qu'on entend une clameur qui sort de milliers de bouches; tout le peuple crie: "Miracle, miracle, loué soit Jésus-Christ, louée soit la Très Ste Vierge". Et le soleil qui se laisse fixer et qui semble un disque de métal sans rayons, commence à tourner sur lui-meme et à monter et descendre plusieurs fois. Voilà ce qu'on dit à côté de moi, et ce que des milliers de personnes affirment avoir vu. Moi je ne l'ai pas vu; j'ai bien pu fixer le soleil et j'etais terriblement emotionnée d'entendre tout le monde clamer qu'on voit des signes extraordinaires dans le ciel. Je crois que N. S. ne m'a pas trouvée digne de voir ces phénomènes, mais dans mon ame je n'avait pas besoin de les voir pour croire à l'apparition de la Ste Vierge aux enfants. Deux de mes cousines qui étaient près de moi, étaient hors d'elle-même[m]es et affirmaient voir exactment le soleil comme une pièce de feu d'artifice tournant vertigineusement. Enfim cela dura quelques minutes, puis de nouveau les nuages couvrirent le soleil; les enfants se relevèrent et tout ce monde se précipita sur eux pour les entendre parler.

J'ai pu voir de loin l'une des petites filles sur les bras d'un monsieur. Je n'entendis pas ce qu'elle disait, mais on a raconté qu'elle disait ceci: "La Ste Vierge a béni tout le monde, elle veut qu'on prie, qu'on fasse pénitence et qu'on bâtisse en cet endroit une chapelle en l'honneur de la Vierge du Rosaire.

Les aumônes sont si abondantes qu'on va tout de suite commencer la chapelle, et cet endroit tout à fait inconnu il y a quelques mois, est devenu tout d'un coup célèbre. Comme je vous l'ai dit, plus de 50.000 personnes étaient réunies là le 13 Oct.; et tout ce monde-là est parti heureux et convaincu que la Ste Vierge a daigné descendre un moment sur notre pauvre Portugal. Moi, j'en suis sûre. Dites-moi, mon Père ce que vous trouvez de tout cela. Je suis heureuse d'avoir pu assister à une telle manifestation de foi et de religion.

Près de moi un vieux paysan ne faisait que crier: "Ste Vierge, mon fils, mon petit enfant, meu filhinho en portugais;" C'est une expression qu'on ne peut pas bien traduire, mais qui est si touchante; sans doute son fils est à la guerre, et le pauvre vieux sentant la Ste Vierge toute proche, lui demandait de le protéger. Vous pensez bien si j'ai aussi prié pour mon Antonio, les enfants et tous ceux qui me sont chers, parmi ceux-là vous me permettez de vous compter, n'est-ce pas? Je ne porrai[t] jamais oublier combien vous avez été bon et secourable et plein de patience pour me supporter toujours. Maintenant je voudrais bien avoir votre opinion sur tout ceci que je vous ai raconté dans un français, certainement peu classique mais que, j'espère, vous comprendrez. Si je pouvais aller vous voir et vous parler un moment, quel bonheur ce serait pour moi. J'ai du interrompre ma lettre plusieurs fois. Nous voilà déja aujourd'hui au 5 Nov. Après demain nous devons rentrer à Lisbonne, rua das Janelas Verdes, 56. Mes soeurs et Gertrude écrivent qu'il fait déja si froid en Suisse et qu'il n'y a pas de charbon pour chauffer les maisons. Ici il fait encore si beau et une température tellement agréable; nous portons encore nos vetements d'été. ....

Au revoir, mon Père, c'est une grande consolation pour moi de penser que vous priez pour nous tous, et surtout pour mon Antonio; vos prières seront éxaucées, j'en ai la ferme éspoir.

Veuillez me bénir et me croire toujours votre bien respectueusement dévouée et reconnaissante.

Izabel Brandão de Mello

Notas dos editores

1 Isabel de Jesus Maria de Sousa Holstein Brandão de Melo nasceu a 10 de Setembro de 1876. Filha dos Primeiros Marqueses de Sesimbra. Casou com António Mimoso Brandão de Melo, Coronel de artilharia, filho do General José Guedes Brandão de Melo e de D. Maria dos Prazeres Mimoso da Costa Pereira de Carvalho. Tiveram dois filhos: Eugénia de Sousa Holstein Brandão de Melo (1901 - ...), e José de Sousa Holstein Brandão de Melo (1901-1970).
2 Padre Capuchinho, do Convento de Sion, Valais, Suíça.
3 Encontra-se uma frase intercalada superiormente, manuscrita: “College des Frères Marianistes à Fribourg”.
4 Trata-se certamente de um erro de cópia. Deve ser projet.
6 Foi em Agosto.
Aparato crítico e remissões (9)

As notas dos editores sobre correções, rasuras, variantes dos manuscritos e referências a outros documentos. As suas chamadas não aparecem no texto acima.

5 Sic, por Quant.
6 je suis du ciel, sublinhado no texto.
7 Doc. 228, 29 de Outubro de 1917.
8 c'etait, sublinhado no texto.
9 qui se laisse fixer, sublinhado no texto.
10 milliers de personnes affirment avoir vu, sublinhado no texto.
11 tout le monde, sublinhado no texto.
12 Riscou pattir
13 No texto, jamis.
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